abécédaire

C

Note à propos de Sur le concept de l’histoire

Note à propos de
Sur le concept de l’histoire
© Akademie der Künste,
Archives Walter Benjamin

citation

« Dans la citation qui sauve et qui châtie, le langage apparaît comme matrice de la justice. La citation appelle le mot par son nom, l’arrache à son contexte en le détruisant, mais par là même le rappelle aussi à son origine. Le mot est sonore ainsi, cohérent, dans le cadre d’un texte nouveau ; on ne peut pas dire qu’il ne rime à rien. En tant que rime, il rassemble dans son aura ce qui se ressemble ; en tant que nom, il est solitaire et inexpressif. Devant le langage, les deux domaines — origine et destruction — se justifient par la citation. Et inversement, le langage n’est achevé que là où ils s’interpénètrent dans la citation. En elle se reflète le langage des anges, dans lequel tous les mots, tirés du contexte idyllique du sens, sont transformés en épigraphes du Livre de la Création. [...]
La découverte que l’homme en devenir prend proprement forme, non pas dans l’espace naturel, mais dans l’espace de l’humanité, dans la lutte pour la libération, qu’on le reconnaît à l’attitude que lui impose la lutte contre l’exploitation et la misère, qu’il n’y a pas d’émancipation idéaliste, mais seulement une émancipation matérialiste par rapport au mythe, que l’origine de la créature n’est pas pureté, mais purification, c’est très tardivement que tout cela a laissé des traces dans l’humanisme réel de Kraus.
C’est grâce au désespoir qu’il a découvert dans la citation la force, non pas de conserver, mais de purifier, d’arracher au contexte, de détruire ; la seule force qui permet encore d’espérer que quelque chose de cette époque survivra, parce qu’on l’en a extrait de force.
».

[Œuvres, « Karl Kraus »]